Une maladie... et son sommeil

Post-Polio breathing and sleep problems  

 

 

Diabète de type 2 et apnée du sommeil

Par Pierre Drolet, membre de Fondation Sommeil
 
L’obésité est souvent synonyme de diabète de type 2. Comme elle est également très présente dans l’apnée du sommeil, les risques que les personnes atteintes du diabète de type 2 soient également victimes de cette grave maladie du sommeil sont assez élevés. L’apnée du sommeil, appelée également «syndrome d’apnée obstructive du sommeil» (SAOS), se caractérise par le fait de cesser de respirer pendant le sommeil nocturne. On la retrouve souvent chez les personnes présentant un bon tour de taille et un cou volumineux. Les individus qui ronflent comptent parmi la population à risque de présenter une telle affliction. De même, elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme,
 
L’état de sommeil donne lieu à un relâchement des tissus de palais mou situés au fond de la gorge. Chez l’apnéen, à cause de la présence de graisse ou tout simplement à cause d’une étroitesse de sa configuration morphologique, le palais mou en s’effondrant,  vient obstruer complètement le passage en entraînant un moment de l'air vers les poumons, entraînant un arrêt momentané de la respiration. L'apnée peut durer 30 secondes, voire une minute. La personne qui manque d'air s'éveillera alors en sursaut, tentant de retrouver son souffle, alors que son coeur battra d'une façon accélérée.
 
Comme une personne qui souffre d'apnée du sommeil peut s'éveiller en sueurs à plusieurs reprises au cours de la nuit, elle aura, en s'éveillant le matin, la sensation de ne pas avoir dormi de la nuit. On parle donc chez l'apnéen, la sensation chez l'apnéen de somnolence diurne qui l'empêche de vaquer à ces occupations normalement. On parle également de troubles cardiaques possibles, à cause de l'effort cardiaque exigé lors de fréquents réveils en état de panique. Il va s'en dire que si la personne souffre déjà de problèmes cardiaques, l'apnée du sommeil peut rendre sa condition beaucoup plus précaire. Il est également reconnu que 325 000 personnes souffrent d'apnée du sommeil au Québec, dont seulement 25 % sont diagnostiquées.
 
D'après une étude britannique qui a été exposée lors du 15e congrès annuel de la Société européenne de pneumologie, qui s'est tenue au début de septembre 2005 à Copenhague 1 l'apnée serait fréquente chez les diabétiques de type 2 ( non insulino-dépendants) mais elle serait sous diagnostiquée. Elle augmenterait même les risques de certaines complications que l'on rencontre chez les diabétiques, comme la néphropathie (atteinte des reins), la rétinopathie (atteinte de la rétine de l'oeil) ou les atteintes des nerfs ou des vaisseaux sanguins, selon une étude russe réalisée le Dr Dmitry Yu Kallistov, du département des troubles du sommeil, du Centre de réhabilitation d'Odintsovo en Russie et dont les résultats ont également été révélés au congrès de Copenhague.
 
 
Même si les recherches sur les relations entre le diabète de type 2 et l'apnée du sommeil n'en sont qu'à leur début, il est donc important pour la personne qui souffre d'embonpoint, comme c'est souvent le cas chez les diabétiques de type 2, de s'assurer qu'elle ne souffre pas d'apnée du sommeil (SAS). Si le ronflement peut constituer un indice d'apnée chez plusieurs personnes, la vraie façon de dépister le SAS est de passer, dans un laboratoire du sommeil, un test appelé polysomnographie. Lors de cet examen, on demande à la personne de dormir à l'hôpital pendant une nuit entière (il existe également des «polysomnographies partielles» que certains CLSC font passer à la maison, pour calibrer les appareils à pression positive), au cours de laquelle on enregistrera tous les événements qui se produiront pendant son sommeil (réveils, miniréveils, tracé EEG, pression, rythme cardiaque, etc.). La polysomnographie est habituellement prescrite par un pneumologue, qui est le spécialiste de l'apnée du sommeil.
 
Plusieurs traitements ont été préconisés pour soigner l'apnée du sommeil, plusieurs appareils, de même que quelques interventions chirurgicales. Cependant, l’appareil à pression positive continue (abréviation en anglais cpap) s’avère à ce jour le traitement qui correspond le mieux aux besoins de la majorité des apnées. Il s’agit d’une appareil muni d’un masque nasal (ou facial ou buccal) qui insuffler de l’air dans la tranchée de la personne atteinte d’apnée, afin d’empêcher l’effondrement son palais mou, lui permettant ainsi de respirer sans interruption pendant toute la durée de la nuit. Il ne s’agit habituellement pas d’oxygène, mais plutôt d’air ambiant. L’appareil est portable, il est déposé sur la table de chevet, et on peut facilement le transporter lors de déplacements comme les voyages. Il est le plus souvent muni d’un humidificateur afin de tempérer l’air qui est poussé dans les voies respiratoires. L’appareil à pression positive peut être muni d’une carte à puce qui indiquera les événements (réveils, microréveils, etc.) qui se produiront pendant la nuit du dormeur. Le coût de CPAP peut varier de 1 200 $ à 2 200 $ et est remboursé jusqu’à 80 % par la plupart des régimes d’assurances médicaments privés.
 
Il n’est évidemment pas toujours facile de s’habituer à porter un masque soutenu par des courroies pendant la nuit, un moment où l’on doit se détendre et relaxer en toute liberté. Cependant, au bout de quelques mois, la plupart des personnes s’y adaptent, constatant du coup un grand regain de vigueur et d’énergie. En principe, une personne qui porte un masque devrait se sentir aussi bien que toute personne qui n’est pas atteinte d’apnée du sommeil.
 
De la même manière qu’on ne peut prendre le diabète de type 2 à la légère, on ne peut prendre non plus l’apnée obstructive du sommeil avec un grain de sel. En effet, en 2002, le Conseil canadien de la sécurité a découvert que
«78 % des grands routiers (conducteurs, effectuant des transports de marchandises à longue distance) souffrent du syndrome d’apnée du sommeil 2». Lorsqu’on sait que la somnolence constitue une des principales caractéristiques de l’apnée du sommeil, il y a de quoi réfléchir. Il ne faut pas se cacher le fait que le manque de sommeil peut entraîner des accidents de toutes sortes, et que certains peuvent même être mortels.
 
Au Québec, les apnéens sont regroupés dans une organisation appelée Fondation Sommeil. Il s’agit d’un organisme sans but lucratif réunissant toutes les personnes atteintes de troubles liés au sommeil, qu’il s’agisse d’apnée, de narcolepsie-cataplexie ( les personnes qui souffrent d’endormissements et de paralysie spontanées pendant le jour), de bruxisme (défini par le fait de grincer des dents dans son sommeil, 500, 000 personnes au Québec), du syndrome des jambes sans repos (que les gens appellent «impatiences musculaires« et qui empêche de dormir, à cause de la douleur ressentie aux jambes), de retard de phase (dyschronie), de somnambulisme, d’insomnie, etc. Des conférences y sont données régulièrement sur l’apnée du sommeil, et des groupes de soutien sont formés dans différentes régions. L’an passé, Fondation Sommeil a participé à 22 protocoles de recherche sur le sommeil.
 
 
 

M. Jacques Clairoux un des fondateurs qui a mis sur pied l’organisme, il y a 16 ans, se fait le propagandiste d’une approche sociale des maladies du sommeil : «Il y a certainement un questionnement de société à déclencher sur le sujet. Pour être en santé, une personne a besoin d’un sommeil réparateur. Lorsqu’on parle de projet de société, on ne saurait négliger d’y inclure un bon sommeil, c’est-à-dire un espace de création, un outil de production et un moyen de guérison; nous sommes tous des enfants du sommeil» déclare-t-il. Un bon sommeil est important pour tous! Pour de plus amples renseignements.

 

 

  1. http://www.lifescaneurope.com/fr/education/reuters/20050921elin753_fr/ (3/05/06)
  2. http://www.safety-concil.org/CCS/sujet/SST/ffatigue.htm (9/05/06)

    Plein Soleil (Diabète Québec), Volume 48, Numéro 3, automne 2006, p. 38-39.

     

    Fatigue et maladie de Parkinson (1)

    La fatigue est présente chez plus de la moitié des parkinsonniens. Je vis avec cette fatigue qui est bien différente de celle que je pouvais ressentir "avant" la maladie et parfois elle est présente même au repos. C'est une affectation difficile à cerner parce qu'elle peut être causée par la dépression qui accompagne souvent la maladie de Parkinson. Elle peut me tomber dessus subitement, tout comme elle peut s'installer lentement. Ce n'est pas facile de la décrire, parce que sa forme et son intensité peuvent varier. Elle peut aussi bien être intellectuelle que physique.
    Si ce n'est pas drôle d'entendre quelqu'un se plaindre continuellement de fatigue, imaginez ce que ça peut représenter pour la personne qui vit dans un état de fatigue plus ou moins permanent. Bonjour les préjugés! Il vient un temps où on préfère ne plus en parler, mais ça ne règle pas le problème. C'est vrai que plus on avance en âge, moins on a de résistance, mais lorsqu'une maladie dite de "vieux" nous frappe à l'âge où on devrait être au sommet de sa forme, et sape notre énergie, nos forces et notre volonté, c'est un petit peu plus difficile à prendre. Être fatigué au point de ne plus être apte à occuper son emploi; être fatigué au point de devoir faire une ou deux siestes par jour; être fatigué au point de ne pas être en mesure de suivre une discussion… alors que la société te demande d'être productif, c'est dur sur le moral. C'est difficile pour toi et c'est tout aussi difficile pour les personnes qui vivent avec toi.
    J'ai parfois l'impression d'être une zombie: pas d'expression faciale, pieds qui traînent, puis juste assez d'énergie pour être là. Heureusement, ça ne se passe pas comme çà à tous les jours, c'est ce que j'appelle les périodes de grande fatigue où même après une nuit de sommeil, je me réveille aussi fatiguée que la veille. Il y a les journées frustrantes, celles où tu te lèves en forme. Tu en profites donc pour faire ce que tu remettais à demain depuis deux semaines. Tout va bien, tu chantes, tu danses, le monde il est beau, le monde il est gentil. Tes voisins te trouvent en forme et en profitent pour t'inviter à souper. C'est donc bien plaisant de pouvoir vivre un peu. Tu prends ta douche, passes au dépanneur chercher une bouteille de vin, arrive chez tes hôtes, c'est la fête, on rigole, on a du plaisir, puis, entre le plat principal et le dessert: madame fatigue, pour ne pas dire la fatigante fait son entrée. Tu commence par perdre le fil des conversations, tu renverse ton verre parce que la fatigue amène parfois des dyskinésies, tu te lèves de ta chaise avec difficulté et demande à aller t'étendre sur le sofa. Ton voisin t'as vu en grande forme il y a à peine trois heures et là, subitement, tu es hors service. Dans le même ordre d'idée, en supposant que tu soies encore apte au travail, tu arrives au bureau, socialise avec tes collègues, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'au moment où, subitement, tu n'arrives plus à te concentrer sur ton travail, un rien te dérange, plus tu fais des efforts pour cacher tes difficultés, plus la fatigue grandit. Ça ne fait même pas deux heures que tu es au travail et c'est comme si tu avais travaillé toute la journée! Tu as peur du jugement de tes pairs, tu as peur de perdre ton emploi.
    Le sommeil agit sur la fatigue. En principe, après une bonne nuit de sommeil, tu devrais être en forme pour affronter une journée normale. Mais le sommeil d'une personne atteinte de Parkinson est souvent perturbé par des mouvements involontaires et des spasmes musculaires. Nuits écourtées par un sommeil agité, amènent une fatigue diurne. Pour améliorer ces troubles du sommeil, les médecins prescrivent souvent du Rivotril et c'est efficace. En tout cas, depuis que je prends ce médicament, je dors mieux et plus longtemps. Mais je ressens encore de la fatigue et je dois faire une petite sieste, en fin d'après-midi, après le souper ou après une activité même modérée, peu importe le moment de la journée. Ce n'est donc pas une fatigue liée à un manque de sommeil.
    Il faut différencier somnolence induite par la médication et fatigue ou fatigabilité excessive. Certains médicaments ont comme effet secondaire la somnolence. Dans ce cas, on tombe endormi, sans raison apparente, sans même être fatigué. Dans le cas qui me préoccupe, la fatigue est ressentie; soit au niveau mental et/ou physique. Elle n'a rien à voir avec la sévérité ou la durée de la maladie. Elle peut se présenter au tout début de la maladie, en être parfois le premier symptôme. Certains agonistes, peuvent aider à diminuer la fatigue, mais, dans mon cas, les effets secondaires sont plus invalidants que le symptôme traité.
    Connaître ses limites et les accepter, semble être la solution au problème. C'est évident pour tout le monde, sauf pour la personne concernée. Accepter ses limites n'est déjà pas facile lorsque celles-ci ne changent pas. Mais lorsque celles-ci évoluent ou que de nouvelles apparaissent, c'est frustrant et difficile à vivre même si tu sais que tu n'as pas le choix. La maladie de Parkinson est une maladie dégénérative évolutive. Tu perds ton autonomie, tes capacités graduellement; souvent plus rapidement que ta faculté d'adaptation. Tu es constamment dans un processus d'acceptation et d'adaptation. Dans ces conditions, la recherche d'un point d'équilibre entre le trop et le pas assez n'est pas facile. En faire moins pour diminuer la fatigue et ses effets; et en faire assez pour demeurer autonome et fonctionnel le plus longtemps possible
    Fatigue, paresse ou caprice? Le regard des autres n'est pas toujours rassurant, ça fait partie des préjugés et la seule façon d'y remédier est d'informer la population sur la maladie de Parkinson. Plus la maladie de Parkinson sera démystifiée, moins nous aurons à faire face à des préjugés et nos limites seront peut-être plus faciles à accepter, peu importe notre âge.
    Jocelyne
    Visitez son site Internet personnel à http://passemots.iquebec.com/
    http://www.sprq.ca/contenu/services_ent3555.asp
      

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